17 septembre 2008
Ralentissez moi ce temps qui file !
C'est drôle cette vie qui va vite sans nous. On est comme des pantins entassés, dans nos voitures, dans nos boulots, dans leurs écoles, dans nos maisons. Et ça défile, et ça défile, un peu comme ces vidéos en accéléré.
Moi, je voudrais enfoncer une touche "pause" parfois, mais je ne la trouve pas sur le cadran de notre histoire.
Ils suivent le mouvement, celui que j'impose par ce changement de vie, celui que je n'aurais jamais dû avoir à imposer ...
Ils sont dociles, fatigués, mais ils sourient toujours, parce qu'ils sont comme ça.

Alors quand les lumières s'éteignent dans la pièce à côté, que les livres tombent lourdement de leurs mains d'enfants, que j'entends leurs respirations parties pour les rêves de la nuit, je prends une autre respiration. La mienne. Celle qui m'est nécessaire pour me dire que c'est ainsi. "Ici et maintenant".
J'installe le casque sur ma tête et j'inspire profondément en me laissant bercer par les notes douces d'un piano, ou d'une guitare, d'une pop voluptueuse ou d'une voix capiteuse, respirer, souffler encore, lentement, laisser tomber les paupières pour sentir les notes arriver dans mon corps. Reprendre un temps pour les songes.
J'écrase une énième cigarette en regardant les lumières de la ville prises dans les brumes d'une saison précoce, et je pense à ce qu'auraient pu être les "autrement", à ce qu'aurait pu être la vie si je ne m'étais pas si souvent trompée. Je souris. Il fait déjà froid le soir ici, et dire qu'on va bientôt revoir la neige. Pas envie.
Trompée d'amour, trompée de ville, trompée de saison, c'est pas en été qu'il faut pleurer ...
L'autre jour, un homme m'a dit qu'il n'était pas satisfait de nos services, pas satisfait de ce qu'il trouvait en rayon, ou plutôt ne trouvait pas, pas satisfait que je ne réponde pas à chacune de ses questions, de ses attentes, et il m'a soumise à une sorte d'exercice, j'ai cru qu'il allait me noter à la fin. J'ai été troublée par cette attitude, je me suis sentie mal à l'aise, repartie dans les vieux complexes d'infériorité, incapable comme maître mot, je voudrais faire mieux, je me sens fragile d'incompétences parfois, comme ça.
Comment font les gens qui sont si sûrs d'eux, tout le temps ? Je ne sais pas si je les admire, mais il m'arrive de les envier. Pouvoir claquer des mots cinglants à la face du monde avec autant d'aisance, ça doit aider quand même.
Trompée d'amour, trompée de vie, trompée de temps, c'est pas en été qu'on met des pullovers chauds ...
J'ai oublié de signer un cahier, oublié de faire un chèque, mais j'ai pensé à reporter le kiné.
J'ai oublié d'appeler ma grand-mère, mais j'ai raccroché en disant "bisous" à un lecteur qui appelait pour prolonger son prêt.
J'ai cuisiné plein de légumes pour reprendre de l'énergie, parait qu'il faut manger dix fruits et légumes par jour, mais je les ai oublié, alors j'ai fini à la cafétéria d'Ikea pour 11 euros insipides.
J'avais envie d'écrire ce soir, mais j'ai oublié mes lunettes sur mon bureau, alors j'écris avec mes lunettes de soleil, ce sont les mêmes, juste un peu teintées.
Trompée d'amour, trompée d'envie, trompée de jour, normalement c'est le dimanche soir que j'aime pas ...
Et puis finalement, les embouteillages ont parfois du bon. On papote, on chantonne ce qu'il nous reste d'énergie et on échange nos impressions sur la journée qui se termine aussi vite qu'elle a démarré.
Quand je suis entrée en sixième, je crois que j'avais les mêmes préoccupations que lui. Il me fait sourire avec ses questions.
"M'man je suis trop con"
"Allez, qu'est ce que t'as fait ? Tu es déjà convoqué ?"
"Non, non pas du tout. Tu te souviens de la fille l'autre fois. Tu sais celle qui était venue nous voir à l'entrainement avec ses copines. Aujourd'hui elle m'a demandé si je voulais sortir avec elle et j'ai dit non, comme un con."
"...."
J'aime bien qu'il me raconte ses états d'âme pré-ado, et en même temps je me mords les lèvres pour ne pas lui parler des erreurs de jugements, des décisions hâtives, des regrets. Lui dire qu'il doit laisser parler son coeur, et ne pas se fier aux dires des potes, lui dire encore des tonnes d'autres choses qu'il n'a certainement pas envie d'entendre maintenant, comme "passe ton bac d'abord"... Alors je lui dit que je trouve ça plutôt joli l'hésitation d'un garçon, que ça m'émeut de le regarder grandir si vite, mais que surtout il ne doit pas jouer avec le cœur des filles, et qu'il doit se comporter en Prince. Ça les fait doucement rire et son petit frère lui dit juste qu'il a le droit de changer d'avis et de s'excuser, que si c'est pas une idiote, elle comprendra, hein m'man ?!
"Oui mes loulous... Vous avez quoi comme devoirs pour demain ?"
"M'man t'es relou, demain je pars pour 3 jours avec le collège, il me faut mon pique-nique, et mon frère n'a pas école mais tennis, oublie pas sa raquette !!!"
"Ha oui c'est vrai, pardon les gars, demain c'est mercredi, tout va trop vite."
Trompez-vous d'amour, trompez-vous de vie, trompez-vous encore d'envie, je vous ferai des pullovers pour pleurer dedans en été, mais pas maintenant. J'ai encore le temps pour tricoter.
Moi qui n'aime que les vrais tags, ceux qu'on voit sur les ponts de la rocade, sur les murs des immeubles fantômes, ce soir, je me tague à la patte... mélancolie, fatigue, ralentissement, fée d'automne ou déjà fée d'hiver, écrire pour souffler, écrire pour évacuer, se ressourcer, me rappeler ma sixième aussi. 6è3, je crois ...
Parce que quand j'écris, je m'exile.
Je vous souhaite une bonne nuit les hirondelles ...
Et on va finir avec lui, il y avait longtemps tiens.
Découvrez Jack Johnson!
09 septembre 2008
Petite histoire épidermique.
Souvent on est tenté, et souvent on reporte.
Pourquoi ?
La peur !
Peur d'être différente, peur de regretter, peur de ne pas plaire. Et un jour on se dit que se plaire à soi ce n'est déjà pas si mal, alors on a moins peur.
Et puis l'idée se fait un petite place dans la tête et devient de plus en plus présente. Il fait un dessin, un second. Et là, c'est ça, exactement ça. Il avait tout compris de mes attentes, de mes envies.
Des pleins, des déliés, des courbes, des droites, des éclaboussures, des ressacs, des petits points comme des perles de soleil qui brillent sur l'écume, des petits traits en retrait comme des larmes égarées sur la houle ...
Elle est là ma vague ! Elle devient réelle, et vivante.
Puis une lecture qui vient confirmer la tentation, le pourquoi de cette envie, le pourquoi de ce dessin là. Les sensations corporelles, l'encre couleur ou noire, l'emplacement. Toute la stratégie du choix, au départ inconscient qui vient trouver une explication naturelle, la vie, tout simplement. On grave sur sa peau, les événements qui nous ressemblent, nous marquent, qu'on veut bien laisser voir, ou juste apercevoir ou ceux qu'on veut cacher. L'emplacement n'a rien d'innocent.
Le tatouage d'une femme, je le perçois intime, sensuel, dévoilé par une presque nudité, comme un sous-vêtement. Seul celui qui sera élu, le verra.
J'ai vu de belles gravures de femme sur des chevilles, des nuques, des pieds (les endroits pour lesquels j'ai hésité au début de ma réflexion) tout en finesse, mais j'ai choisi de le laisser errer ailleurs. En tout cas, ce premier (et pour le moment unique, mais... "principiis obsta") il est pudique et se cache.
La douleur, je la craignais, mais elle n'a pas arrêté l'envie.
Bien sûr ça pique un peu, beaucoup à certains endroits, mais ce qui est étonnant, c'est qu'à quelques centimètres d'intervalle, cette sensation de piqûre devient presque douce, comme si les aiguilles ne faisaient qu'effleurer. Puis un centimètre plus bas, c'est douloureux, variation énigmatique de l'épiderme, comme un mystère. J'ai serré les dents souvent, transpiré pas mal, mais j'ai aussi eu quelques moments presque agréables.
A l'issue des deux heures de travail, j'ai vu un tatoueur épuisé, physiquement et nerveusement, c'est vraiment un étonnant métier, et une belle découverte, qui rejoint l'image que je m'en étais faite à travers mes lectures.
J'aime les êtres atypiques, comme ce peintre aux aiguilles encrées.
Je suis désormais différente, comme je l'avais pressenti pendant ces années de réflexion, mais je suis heureuse de cette différence, c'est comme si je marquais ad eternam ce ressac dont je suis habitée depuis toujours et pour toujours ... Maintenant qu'il est sur ma peau, il peut peut être sortir de ma tête !
Et une pensée douce mais apaisée à celle qui nous quittait il y a un an ...on n'oublie pas, on n'oubliera jamais ce tatouage dans le coeur ...
Découvrez Kate Havnevik!
Un petit quelque chose d'Imogan Heap qui me plait bien, la sensualité sans doute...
02 septembre 2008
Les silences qui déferlent.
Le titre m'a interpellé.
Comme la promesse d'une émotion forte. Comme un courant qui passe sur la peau de la pensée à la manière d'une pluie violente, d'une vague qui fouette la vie.
Le décor, la Hague. Je ne connais pas, donc mon imagination peut suivre et accepter les descriptions.
Et puis le climat de solitude dans ce petit village. Les cafés qu'on boit chez Lili ( Tiens, encore une Lili, ceux qui liront le Cadavreski comprendront. ) sous les regards aigris, les confidences qu'on reçoit, sans les avoir demandées.
Et puis le drame qui s'est joué là, quarante années plus tôt.
J'ai senti chacun des personnages vivre en moi, comme si je les connaissais, comme si j'aimais leur façon de prendre forme sous mes paupières qui luttaient contre la nuit installée. J'étais bien entre leurs lignes, entre mes lignes, cherchant à chacun l'excuse qui lui redonnerait crédit aux yeux des autres.
J'ai fouillé avec elle, les espaces douloureux de l'absence. J'ai vécu avec lui la médisance. J'ai pleuré avec cet autre sur l'incompréhension devant le silence, tous ces mots tus, lourds comme des sacs trop pleins. J'ai ri avec celle-là, décalée. J'ai senti l'amitié transformée.
Senti l'odeur de ces feux de cheminées, enroulée dans ma couverture de lecture, j'ai pensé que décidément on lit comme on est.
J'ai aimé. Plus que ça. Je suis entrée dans ce livre comme on entre en retraite.
J'ai aimé cette Hague froide et impartiale.
J'ai touché du doigt le plâtre dont Raphaël faisait des vies de statues.
Je me suis laissée prendre dans la toile de tous ces non-dits ourdis, cruels et touchants à la fois.
J'ai frémit quand à la fin, la description que je vous faisais là, entre dans les mêmes détails vus et ressentis.
Surprenant partage des émotions.

Et puis là, je suis vide de cette histoire. J'ai fermé délicatement le livre, en sachant pertinemment que cette histoire ne me quitterait jamais.
Je voudrais ne jamais avoir lu ce livre pour avoir le plaisir intense de le découvrir. Je voudrais vivre dans les pages de mes livres, ne plus être physique. N'être qu'une interligne. Sourire et pleurer à chaque vent de page tournée. N'être que dans les mots emmêlés de ces auteurs que j'envie. Prendre des claques comme des vagues à chaque phrase lue.
Étonnant comme toutes mes lectures passionnantes m'emmènent vers les non-dits, les secrets, les vies détruites par la culpabilité et les silences, depuis quelque temps.
" Je te retrouverai" John Irving. (4 mois à trouver un livre qui ne m'ennuie pas derrière celui-ci.)
La série " Quintett" en BD, dont le concept est atypique ( 5 volumes, une même période, un même lieu, une même histoire, vu par 5 personnages différents. Excellent.)
" Lettre à D." André Gorz. (Lettre d'amour confidence à la femme de sa vie, avant le dernier soupir. A pleurer)
" Égérie pour un américain" Siri Hustvedt. (Secrets de famille, sur fond de 11 septembre. Touchant et pudique.)
et maintenant " Les Déferlantes " Claudie Gallay.
Je me surprends parfois à faire un portrait personnel des lecteurs de la biblicoquète, car je crois qu'on lit vraiment comme on est. Mais si ils font de même, je pense qu'ils doivent me trouver vraiment torturée.
Non, je n'ai pas lu le dernier Gavalda, ni le dernier Levy, encore moins le dernier Musso, mais je ne vais pas si mal, enfin je crois. Mais sait-on vraiment avant la fin si on va bien ou pas ?
On va. Voilà.
Mes rencontres entre les mots me portent au-delà de cette solitude du cœur, quelques heures, quelques jours. Elles me questionnent autant qu'elles me répondent. Me confirment de plus en plus que le silence est l'acte qui me rend la plus vulnérable, que je cherche la force de passer au-delà quand je plonge tête baissée entre tous ces inconnus imaginaires, qui ne me parleront jamais. Partager leur silence pour oublier le mien.
Et puis Malcolm Middleton pour le souvenir d'un autre silence.
Découvrez Malcolm Middleton!



