14 octobre 2008
Mon tour du monde.
Levée 6h15, comme chaque matin, aujourd'hui je prépare tout minutieusement, je ne veux rien oublier, lunettes, road-book, check-list, cabas avec bouteille d'eau, petit en-cas pour la fringale de milieu de journée, je pars en voyage ...
Après avoir déposé les nains dans leur lieux de vie respectifs, je file, on décolle à 10h. On sera les premières devant les portes vitrées.
Petit café au soleil en terrasse, dans les premiers rayons du soleil je le regarde, il était beau ce vieux tribunal pourtant. Pourquoi lui avoir préféré un bloc collection paquebot en robe gris métallisé ?
Je sais bien que la crise du logement fait parfois construire des bâtiments à la va-vite, mais la vieille pierre, c'est quand même plus joli non ? Je tente de le dire au patron du bar déjà bien bavard, mais les résultats sportifs du jour doivent être importants parce que je crois qu'il ne m'entend pas, et continue à parler foot ...
Bref, l'heure approche et je trépigne.
« Je voudrais savoir ce que sont devenus tous mes départs,
ce qu'ils ont fait de moi. »
Claudie Gallay
(Brume d'ici)
Enfin nous y sommes. On se débarrasse de nos sacs, de nos vestes, de toute façon la rosée matinale a disparue depuis longtemps. Et on s'installe, dommage on n'est pas à côté. Pas grave, on sait qu'on va profiter comme des gamines de cette journée magique.
Première halte dans le brouillard de Lons-le-Saunier, j'en rêvais, je jubile. Mais déjà on m'appelle pour Paris, un stop dans un bistrot à Joing-Les-Deux-Bouts, puis direction Marseille. L'ambiance est survoltée, il y a du sang partout, je me demande si il n'y a pas eu un meurtre par ici ... A peine le temps de boire une gorgée d'eau me voilà à Londres pour écouter des chants dans une synagogue, en passant par la Hongrie, l'ex-Yougoslavie, le Japon, la Chine à la rencontre de deux frères, la moiteur odorante de la Louisiane, le piquant du soleil de Toscane, le Pérou, la Patagonie, la vitesse puissance douze de New-York, un petit saut de puce en Californie, un drôle de Mozambique introuvable et même une île avec des musées ...
En fin de journée, je ne tiens plus sur mes pieds, alors je m'installe en tailleur par terre, je suis bien, là, dans mon univers. Toutes ces images en une seule journée, tous ces gens si différents mais qui se ressemblent dans leur humanitude, tous ces parfums d'ailleurs, même la brûlure dans mes yeux est douce. J'ai rêvé. Et je vais maintenant faire rêver mes autres, ceux qui attendent avec impatience la petite centaine de nouveaux livres choisis pour eux aujourd'hui.
J'ai un petit faible pour le Polichinelle de Lons-le-Saunier, j'avoue, alors je retourne dans le Jura et je vous envoie des cartes postales, promis juré.
Et puis ce soir, j'ai pu dire pour la énième fois à mes loulous, qu'on a la chance de pouvoir voyager pas cher dans nos lectures, et qu'il faut savourer. Je crois qu'ils savourent.
Tiens j'entends un pays qui tombe dans la chambre à côté, sûrement qu'une petite main s'est lassée de le tenir pendant que son voyageur dormait.
« Il y a plusieurs manières de partir, parfois on quitte,
d'autres fois c'est pour rejoindre, et puis il y a les départs
inattendus, sans valises, sortes de fuites animales
qui nous poussent vers l'ailleurs. »
Claudie Gallay, encore ...à propos du voyage.
Et puis Satie pour le voyage musical du soir ...
Découvrez Erik Satie!
05 octobre 2008
La passion en héritage.
Bien trop longtemps que je n'avais pas posé mes fesses sur son dos.
Les rares effusions de soleil de l'après-midi ont eu raison de mes non-envies, et c'est péniblement que je me suis sortie du lit.
Un bras qui aide l'autre à ouvrir le placard de la panoplie, et me voilà en train d'enfiler le pantalon de cuir usé, déjà je sens l'énergie qui monte doucement, les bottes, le col roulé, le blouson, l'écharpe, les gants, et je sens mon sourire qui dessine une courbe tendre entre mes lèvres.
Elle avait froid elle aussi. Peut être pas envie de sortir non plus. Mais je la connais, à force de câlins, de mots gentils, elle échappe un léger râle, mais elle est comme moi, elle finit toujours par céder.
Les premiers virages sont lourds, mes yeux coulent derrière la visière, on est froides toutes les deux. Comme avec quelqu'un qu'on n'a pas vu depuis longtemps, les premières minutes on hésite sur ce qu'on va dire, sur les réactions, alors on fait dans la douceur, tout est tactile et subtile.
Que ça fait du bien de déconnecter un peu ce qu'il y a sous cette tête de carbone, laisser aller l'intuition seule, le plaisir unique, le plaisir égoïste. J'ai flirté avec la vallée parce que la neige est déjà là, depuis quelques jours les sommets sont floqués de blanc, l'hiver s'installe toujours trop vite !
Et puis j'ai croisé les yeux de mon grand à la sortie de son match, des yeux de passionné, et je crois qu'à ce moment là nos regards se suffisaient ! Mais il avait une nouvelle à m'annoncer.

(Ce que je vois sur un stade de foot ... et ce que je ne vois plus comme cette boîte à musique disparue)
"C'est cool m'man que tu sois venue en moto. Et tu sais quoi ? Ce soir on est sélectionnés pour faire l'entrée sur le stade avec les joueurs du GF ! Y'aura 20 000 personnes ! Et nous on sera 11 joueurs à rentrer en tenue sur la pelouse avec les 11 joueurs qui nous tiennent la main ! T'imagines ?"
Oui je crois que j'imagine la montée d'adrénaline dans ces 11 petits cœurs. Les battements qui s'accélèrent au décompte, le passage sous ce grand tunnel blanc, les mains qui serrent celles des joueurs en sortant de l'ombre, les yeux qui piquent en découvrant ces 20 000 personnes et les tonnerres d'applaudissements, qui sont pour eux, mais que vous prendrez un peu pour vous, oui je crois que j'imagine les gorges sèches, les corps qui tremblent, et vous les 11 petits bonshommes, pour quelques secondes d'éternité, perchés au rang des exaltés.
Je ne serai pas là pour te voir vivre ça, je ne sais pas te dire ces mots que j'écris là, mais je crois que tu sais, que tu sens ce que j'éprouve déjà. Je ferai le décompte dans ma tête, pour t'imaginer, mais je te laisse vivre ça avec tes pairs, c'est à toi. C'est ta passion, que je ne partage pas, comme tu ne partages pas la mienne, mais au moins tu en as une, et je souhaite qu'elle te fasse longtemps rêver ...
Les regards croisés, brillants de nos petits bonheurs différents mais qui nous rapprochent tant, c'est comme un langage secret entre nous. J'étais aussi heureuse que lui, même si je l'ai fait rire en lui demandant si c'était un match important.
-M'man, mais c'est un match de la ligue 1 quand même !
-Ha oui quand même !
-Pfff t'es trop nulle en foot !
-Oui je sais et j'aime ça !
-Allez roule bien ! A lundi ...
-Amuse toi bien mon grand ce soir, 20 000 personnes c'est pas rien hein ! Sois beau !
-Pffff ! File !
C'était bon ce petit échange, comme si il épurait la relation mère-fils.
Cette semaine il me demandait si à mon époque (j'adore quand il utilise cette expression !) les filles giflaient les garçons ...
Je lui ai dit que ça ne m'était jamais arrivé mais que ça dépendait forcément de la situation. Et il m'a expliqué qu'un de ses copains a reçu une gifle de la fille avec qui il sortait, parce que devant tout le monde il a dit qu'il sortait avec elle pour s'amuser.
Alors je lui ai expliqué que j'aurais sûrement fait autrement qu'une gifle tant la violence me dérange, je lui aurais fait une réputation taillée sur mesure avec ma bande de copines, je me serais bien marrée à saborder tous ses coups parce que c'est vraiment moche de s'amuser avec la sensibilité des autres !
Et pendant que j'écris ça, je regarde ces tartelettes au citron qu'on devait manger à deux. J'en mange une, seule. Elle a un goût qui ne me plait pas, ou alors ce sont les zestes que le pâtissier a placé dedans, on ne met pas l'écorce du fruit dans la tartelette sauf pour me déplaire. A moins que ce ne soit la meringue toute plate et toute chiffonnée. Ou alors c'est la vision de la seconde tartelette, restée seule, là, qui me dérange, ça m'apprendra à croire que parce que la tarte au citron meringuée est mon pêché mignon, toutes les tartes au citron sont bonnes. Il y en qui ont vraiment un goût qui ne passe pas ...
J'vais m'faire la deuxième pour faire passer le sale goût de la première tiens ! Et puis je vais me plonger dans "Blankets, manteau de neige" (ouais j'ai envie de BD là ... Mais la blanquette après la tarte au citron fade, ça risque d'être indigeste non ?! )
Et Emily parce qu'il n'y a pas de raison que je saoule ma collègue avec cette fille, et pas vous ! Depuis bientôt un mois, c'est systématique, je me réveille avec elle, je m'endors avec elle ... Ecoutez, vous comprendrez.
Découvrez Emily Jane White!



