Mais où se posaient les hirondelles avant l'invention du téléphone?

petites histoires en vol .....

24 mars 2009

Aragon et reflet de soi.

exterieur__pin

"Je suis plein du silence assourdissant d'aimer". Aragon.

Tiens, à propos de ma place sur la photo, cette maudite place que je chercherai ad eternam ...
Et si elle était là, au milieu du reflet, entre l'ombre et le soleil, entre la réalité et son reflet de l'autre côté. Entre la vie et le néant, l'envie et le manque. Si c'était juste là ?

J'ai répondu deux fois au téléphone aujourd'hui, l'un des appels était le père de mes enfants.

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"Il faut regarder le néant en face pour savoir en triompher." Le même Aragon

Ce reflet dans lequel toute la réalité a la tête en bas. Je suis un reflet. Un reflet de maman fatiguée, qui doute, hésite, chavire et bascule, à l'envers. Le reflet d'une fille qui ne sait plus si demain va être mieux ou pire. Le reflet de mes mots lourds et de mes silences qui en disent trop. Le reflet de cette fille que je connais trop bien désormais.

J'ai lu des mots aujourd'hui qui m'ont fait pleurer, dans Julius Winsome de Gerard Donovan :

"Je me contentais en effet d'attendre la fin de l'hiver. Existait-il ailleurs un autre endroit pour moi ? Aurais-je dû aller à l'université et qu'aurais-je fais de ma vie si j'avais fait des études ? Je ne m'étais jamais installé pour de bon, sans jamais partir, et je sais que j'aurais dû mieux utiliser mes aptitudes intellectuelles. Si je devais en une phrase résumer ma vie jusque là, je dirais qu'à un certain moment j'ai vécu dans un chalet durant cinquante et un ans."

La vie avec la tête en bas. La vie qui tourne et ne cesse d'être un reflet.

J'ai oublié de plier le linge ce soir. Encore un truc à faire à la va vite demain matin.

Oui c'est joli le reflet des choses quand on observe bien. Dans notre envers, là où l'on est finalement que le côté virtuel de nous même. Moi je vacille à l'envers. J'ai besoin de retrouver mon point d'équilibre.

Je me suis achetée un pot de verre avec une crème de coquelicot pour rendre la peau jolie et pour penser à autre chose, aussi.

J'entends des violons dans ma tête à l'envers, et des pianos au bout de mes orteils. Le doux pour apaiser le fort, l'aigu pour donner du relief au grave, ainsi va le reflet de cette Sarabande, encore et encore qui hésite entre m'aider à dormir et m'empêcher de rêver ...

J'ai mal à ma solitude du soir en ce moment, et puis à ma solitude du jour aussi, j'ai mal à ce grand qui ne sait plus quoi faire pour tenter d'améliorer l'ambiance, mal à ce petit qui reçoit nos peines. J'ai mal de n'avoir que deux bras, deux jambes et une seule tête pour un seul cœur un peu gros et las de tout ça.

Je ne fume plus depuis soixante dix jours et je l'écris en lettres grasses pour que cela semble encore plus long et fort, je n'ai pas envie de fumer, mais j'aimerais que les jours retrouvent la douceur d'avant ce traitement qui me détruit la tête.

Je crois qu'il est temps de ressortir la moto et d'aller chercher sur les routes ce que je ne trouve plus en moi,  dans mes livres, ni derrière cet écran, la sérénité de vivre.

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Trio de reflets d'ailleurs sur lit de soleil et âtre en feu accompagné de sa Sarabande du soir.

Posté par feekabossee à 00:28 - Commentaires [21] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


11 mars 2009

60 euros la minute, à vot' bon coeur m'sieurs dames.

Il m'a dit " Tu as 500 secondes à vivre et 500 euros, qu'en, fais-tu ? Et s'il te plait, illustre ton propos par la sixième photo de ton dernier album"

Bien.

Huit jours que je pense à ces 500 secondes, et c'est violent dans ma tête, incroyable ce que j'ai pu avoir comme images étranges en pensant à ça.
Mais la pire a été dimanche dans ma voiture en écoutant la Toccata, la nuit sur l'autoroute en revenant d'un doux moment chez frérot. La pluie affrontait la nuit comme une poule de luxe, sûre d'elle avec la hargne toute arrogante de celle qui va gagner. Et c'est là, derrière mes lunettes, que je me suis dit, pleurer la nuit quand il pleut déjà sur ton pare brise, c'est nul, parce que la buée que tu étales sur tes lunettes façon brouillard, c'est le meilleur moyen d'aller au tapis.

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Bon ben rien à voir, mais c'est la 6è photo de mon dernier album. Et oui depuis que j'ai découvert Kendell Geers, je regarde les barbelés autrement ... derrière ceux-ci j'y ai vu des empreintes, comme des traces de libèrté.

 

Avant d'arriver à la fabulette finale, j'avais imaginé d'autres choses, comme aller acheter des infinitifs en OIR à une vente aux enchères pour esseulés du Troisième Groupe, mais d'une part ils sont encore moins nombreux que ceux qui se termine en IR, et en plus, dans le lot, le plus cher, il dépassait les 500 euros, allègrement, c'était PLEUVOIR. Alors là, j'ai dit NON, je ne vais quand même pas faire un crédit du double pour 500 secondes de pluie, juste pour finir au réservoir à désespoir et risquez de vous entendre me dire que je suis complètement barrée !

J'avais bien sûr pensé aux nains, mais franchement si il me restait 500 secondes, je ne voudrais même pas qu'ils s'en doutent ne serait-ce qu'une demi-seconde.

Puis j'ai pensé aux heureux que je ferais en leur donnant simplement la somme. Sauf que ce n'est pas dans la règle du jeu de la vente aux enchères et qu'il va bien falloir que j'en fasse quelque chose de ces 500 euros qui me paieraient bien les réparations de ma boîte à roues dans l'immédiat mais à la vente ils ont dit "Que du fantasque, rien de réel !" en tapant fort sur le mouroir.
Mouroir, voilà le mot qu'il me fallait, pour moins de 500 euros je devais pouvoir négocier MOUROIR pour le moratoire de mon existence à secondes moins cinq cent.

"500 euros tu dis ? ok alors tu peux la prendre une demi-heure, mais pas plus hein"
"Nan, nan, juste pour l'essayer, voir si elle me va"

Et j'enfourche la belle, cette Triumph qui me fait rêver. Je sais que j'ai peu de temps, alors j'ai choisi cette concession des grands boulevards pour pouvoir ouvrir un peu la poignée sur la ligne droite.
500 secondes. 8 minutes environ, mettre le casque, fermer le blouson, enfiler les gants, enfourcher la belle. Qu'on est bien installé. Quel dommage. Feu vert, première, c'est parti. Elle répond vivement, quel pied. Seconde, trois, quatre, elle bondit la garce !
Je ne pensais pas que se savoir fini procurait cette jouissance ignoble, cette sensation de toute puissance.

Mais rien à faire, j'ai beau fixer le mur qui arrive, huit minutes ça va vite, trop vite ... J'peux pas.
Freinage d'urgence, cinq, quatre, trois, deux, point mort, béquille, vol du casque, s'allonger à côté d'elle, respirer encore cette gomme brûlée, la chaleur dégagée, s'enfouir le nez dans le camboui et regarder le ciel bleu une dernière fois. Sourire. Tiens, une hirondelle s'est égarée, on dirait que le printemps revient ...

Et donc La Toccata, parce que comme lui, je suis FAN de Bach, et qu'en plus je crois que c'est le moment où j'ai senti mes yeux me piquer pendant la projection de Harvey Milk, waouch, quel film mes amis !

Posté par feekabossee à 23:15 - Commentaires [12] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

02 mars 2009

Moule à Fake.

Que je suis naïve ! Je n'avais jamais pensé au Fake !

Au milieu d'un dimanche après midi tout gris, j'ai lu une petite perle, 138 pages tantôt trash, tantôt touchantes. 138 pages où je me suis rappelée bien des moments vécus à l'identique, version fille.

Le gars Minghini, il est un peu plus jeune que votre hôtesse derrière cet écran présente, il a vécu comme tout le monde une rupture qui fait mal dans les tripes autant que dans le cœur, il a commencé à fouiller les sites de rencontres comme tout bon évincé de la génération pixels & Co.
Tu sais, ce moment où les amis ne suffisent plus, mais où l'on n'a pas envie d'en rencontrer de nouveaux.
Ces instants d'entre-deux, entre le moment où tu bois la tasse et celui où tu sens tes poumons s'aérer de nouveau, cet entre-deux où ça fait encore mal d'être vivant, mais pas assez mal pour être mort.

Giulio Minghini, parisien d'adoption et italien de naissance, vient d'avoir la folle idée de nous offrir le premier roman (à ma connaissance) sur les sites de rencontres.
Écrit à la manière de cette époque ; violence des rapports physiques, nuits chaudes mais sans petit déjeuner partagé, nuits de sexe sans amour, nuit de consommation pour se remplir les vides mais pas les cœurs, étreintes presque issues de la porn-attitude, désirs éhontés, passages à l'acte si faciles. Entre la connexion des pseudos sur le site et le premier bouton de corsage qui saute, il peut se passer quelques jours, mais parfois aussi, quelques heures. Ne rien connaître, ou le moins possible de cette autre solitude qui vient nous remplir quelques heures durant. La violence des mots autant que des émotions, c'est bien la réalité de ce marchandising des corps.

desire

           Regarde comme il est beau avec ses fleurs en instance celui-là, il attend ... (Chris Blaszcyk, "Desire" ...)

"Comptoir des solitudes électroniques. Des bateaux invisibles, venus de nulle part, déballent chaque jour des provisions de nouveaux inscrits, de nouveaux conscrits."

J'aime cette manière crue qu'il a de démontrer à quel point on s'enferme dans la solitude à force de chercher à la meubler. Cette ironie des prétextes qu'on peut trouver pour éviter une soirée avec des "vrais" amis. Ces nuits blanches qu'on additionne de café ou d'alcool pour tenir le choc des dialogues croisés avec plusieurs personnes à la fois, ne pas se tromper, ne pas mélanger les pseudos, bref, tenir le cap de l'aventure qui va nous ramener à la vie le cœur moins lourd.

"Je m'amuse à contempler les visages de toutes ces jeunes femmes épinglées tel des papillons sur mon écran. Il m'arrive de me demander si l'action d'ouvrir leur fiche - parfois plusieurs fois de suite - engendrée par une simple pression du doigt sur ma souris, ne correspond pas à un début de pénétration."

Au tout départ je trouvais étonnant tout cet étalage de nom d'auteurs, de livres passionnants, je me suis dit "ben dis donc, le gars là, il est drôlement savant -attend, la bibliothéqueuse va quand même te dire qu'elle ne connait pas le Crevel dont le narrateur traduit le livre, pourtant un gars du mouvement surréaliste, mais je vais rattraper ça bien vite- il cite Montherlant, Modiano, Barthes, Daniil Harms, Léautaud, etc ...

Mais en réalité, les sites de rencontres comme celui par lequel il démarre, pointscommuns.com font réellement l'étalage de cette culture acquise ou non, mais qui au moins accroche un internaute, vante des qualités réelles ou pas, place la fiche en tête de gondole du site et permet de démarrer le dialogue. Il parle de ce site comme le réseau des bobos (je comprend maintenant pourquoi je n'ai jamais été emballée par celui-ci tiens !). Alors forcément, lui, avec ses réferences, il doit détonner un peu dans ce joyeux bordel. (Mais ne jouons pas aux éffarouchés, nous connaissons tous l'existence de ces endroits où n'errent pas que les celibataires au coeur en bandoulière, mais un tout autre échantillon de la population qui ne se cache pas puisque j'ai croisé les fiches de deux papas que je vois régulièrement à la sortie de l'école et qui sont des papas mariés.)

Très vite il va découvrir un des vices, que je n'ai pas eu le temps de pratiquer, heureusement, sinon je ne serais jamais sortie de ma perte de confiance en moi, c'est le Fake (l'imposteur, celui qui prend un autre pseudo que celui sous lequel il a séduit, de sorte à pièger sa proie) un jeu où je pense qu'il faut être très fort, très habile, un jeu troublant. Et en lisant cette petite bombe, je me demande ce qu'il en est des blogs finalement. Serions nous trop naïfs au point de confier à des inconnus nos pires fantasmes ? Se pourrait-il que tel blogueur avec qui on a partagé une forte intimité ne se serve de cet atout un jour en jouant les Fake, juste pour le plaisir de la jouissance du piège ? Cette identité virtuelle qu'on croit anonyme ne nous expose t-elle pas encore plus que notre vie dans la mesure où l'on s'ouvre plus facilement ? Et si tout était déjà bien organisé ? hein ?

"Des coeurs et des sexes qu'on réchauffe au micro-ondes virtuel des sites de rencontres. Des "histoires Picard" en quelque sorte : des relations déjà préparées à la dégustation aussi rapide que prévisible, et sans valeur sentimentale importante."

Mr Minghini je te déteste de m'avoir secouée ainsi un dimanche après-midi tout gris !

J'ai cèssé ces sites il y a déjà un petit moment, quand, j'en ai eu marre de n'être qu'un jouet sexuel, ce que j'avais pourtant choisi d'être auparavant. C'est vrai, on ne craint rien quand on décide de jouer, on ne craint au moins pas de souffrir et de se retrouver encore le coeur en miettes ... Et puis comme le dit la quatrième de couv' "on n'est quand même pas là pour rigoler" mais au moins ailleurs on est libre de rêver.

Que j'aime le cynisme de la réalité comme tu le décris Giulio !

"Des nuits entières devant cet écran pour me défaire de moi et en finir avec un passé délabré. Avec ses icônes déjà lointaines"

A la fin du livre j'ai repensé à ces mots de Laura vers Jean dans Les nuits fauves (ce film qui me hante toujours) "Toute cette solitude que j'ai apprise de toi" et Jean un peu plus tard "Je ne suis pas dans la vie, c'est la vie qui est en moi". J'ai repensé à toute cette violence de l'amour, de la solitude dans l'amour qui m'a tant bouleversée alors que j'avais à peine 25 ans et que quelques mois plus tard mon compagnon allait me quitter pour des garçons ... Toute cette solitude qu'on apprend dans les bras inconnus pour ne pas avoir à se fabriquer de nouveaux bras connus. Toute cette solitude qu'on apprend à travers nos vies virtuelles mais qui nous rend riches de ça aussi.

Finalement, comme un palier nécessaire à l'oubli du chagrin, cette période sites de rencontres m'a aussi permis de voir qu'il y a un matin où l'amour nous manque et qu'on est guerri, donc prêt à souffrir à nouveau !

Une autre fois je vous parlerai de "Seul dans le noir" le dernier et fabuleux Paul Auster. De "La pluie avant qu'elle tombe" de Jonathan Coe qui m'a tenue en haleine jusqu'à la dernière minute. Des histoires de filiations, de rapport entre les générations, de très belles histoires.

Et une chanson qui me plait et qui colle complètement à l'air du temps de ce billet, Désolé !

Posté par feekabossee à 13:44 - Commentaires [16] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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