23 juin 2009
Profane ou sacré ? Les deux mon capitaine !
Frérot, vous avez compris, c'est mon héros hein. En plus c'est le seul de mon entourage a avoir osé faire bosser l'industrie motarde française, Voxan pour ne pas la citer.
Et quand frérot fait des bébés, il ne fait plus de moto.
Et voilà.
Nan, rassurez-vous, je vais en écrire un peu plus tout de même.
Donc, qui c'est qui hérite du super caxe quasi tout neuf de frérot quand il arrête la moto, hein ????
Hé bé oui.
Enfin, jusqu'à ce qu'il se décide à en refaire. Ce jour là je lui rends et je reprends le mien.
Mais alors, que je vous dise à propos de ce caxe bizarroïde. Avant, quand j'en croisais avec ce machin de robocop, je me disais justement qu'ils avaient l'air de buses. Maintenant je me dis, qu'en moins imposant ce serait carrément bien.
Figurez-vous que c'est pas de St léger le machin là, je veux dire, quand il est relevé. ça te fait un poids sur le crâne, malheureux ...
Bref, j'ai testé le caxe dimanche dernier (pas hier, celui d'avant, mais je suis super en retard dans l'écriture de mes mémoires là, je sais) lors de mon pèlerinage en Chartreuse (ne faites pas les innocents, vous savez bien que la Chartreuse, moi j'aime bien m'y rendre régulièrement).
Bon alors dimanche, 12H30, alors qu'il ne faisait presque pas chaud, 33 ou 34° à l'ombre (chui désolée pour l'aut' motard qui s'la pète en Guadeloupie, mais pas besoin d'aller si loin pour crever de chaud, pi moi en plus je rajoute du cuir, ha !) j'ai décidé de partir faire ma petite virée motardesque après une matinée ménageuse, et en Chartreuse pour aller prendre le frais et visiter un truc que je n'avais encore pas visité.
Me v'la partie avec mon super caxe de la mort qui tue ! Lui : Le modulable.

C'est le genre d'outil, il faut quand même bien les deux mains pour décliper les 2 pattes latérales et l'ouvrir comme sur la photo.
Bon une fois que c'est fait, tu réalises à quel point c'est vraiment génial de sentir l'air jusque sur toutes tes joues. Ben oui parce que le casque intégral, lui il t'aère les yeux, les pommettes et le nez, mais ni le menton, ni le cou, bref, il est intégral. Lui, il module l'intégralité, ok ?.
Alors quand tu te fais un bout de rocade (notre périph' à nous ici) tu rabaisses tout et dés que tu attaques les cols, tu l'ouvres pour sentir l'air montagneux. Fais gaffe, col ça veut dire grand virage, et qui dit grand virage dit aussi tiens bien le volant. Donc ouvre les écoutilles en grand avant les grands virages c'est quand même ce qu'il y a de plus malin.
Ouais sauf que ...
Ben sauf que quand tu roules dans le parc naturel de la Chartreuse, t'es en pleine nature donc et là c'est plein de grosses bestioles vilaines qui essaient de rouler plus vite que toi, mais en sens inverse et à grand coup d'ailes, les connes. Genre, un pauv' jeu video dans lequel tu vas à comme un dingue et tu bifurques au dernier moment, si tu te loupes, pas grave tu tombes du canap'. En vrai, dans la forêt où tu lâches pas ton guidon d'un œil et que tes mains sont bien occupées à débrayer, accélérer, freiner, débrayer, accélérer, le but c'est en prime de shooter les vilaines grosses bestioles (oui oui, je tue des insectes et je n'ai même pas honte !) avec le caxe. Hmmm. Alors c'est là que tu te dis que le casque intégral c'est fichtre bien.
Je me suis fait laminer la face, parole de motarde ! Merci frérot !
Du coup je suis allée me reposer à l'église ... Oui, oui, oui, il fait frais dans ces endroits là.
Mais pas dans n'importe quelle église, une qui fait musée. Une dont ma copine au chocolat m'a dit un jour :
"Han, mais t'es encore pas allée là-bas toi ????? Alors vas-y, tu verras, tu vas adorer ..."
J'avais donc une lacune à combler et comme depuis quelque temps j'étais un peu en manque de ces balades mécanico-spirituelles, je suis donc arrivée à St Hugues en Chartreuse pour aller voir les œuvres du Sieur Arcabas.
Arcabas, ne pas confondre avec Bartabas (je dis ça parce que la première fois, moi j'ai fait la confuse, alors bon...)
En vrai, quand j'ai poussé la porte de l'église, blouson collé de sueur, casque à la main, cheveux dégoulinants, et bouille rouge de chaleur, j'ai été tellement soufflée par l'ambiance que je me suis posée directement sur un prie Dieu (pas la mante religieuse hein, le banc, banane) pour observer le spectacle. Et c'est un vrai spectacle tant il y a de couleurs, de formes, et de différence radicale avec les icônes classiques.
J'ai lu quelque part que Arcabas c'est ce type hors norme qui a su remettre un peu de profane dans le sacré (ou quelque chose dans le genre, mais ça voulait dire ça) et je suis diablement d'accord.
J'ai même dit à ma copine de K que je trouvais ça sacré-ment couillu de coller ce genre de sculptures dans une église.

Alors, hein ? Pas beau le crâne d'Adam, bronzé, dans le genre casque intégral pas du tout modulable ?
Non mais sérieusement c'est unique en son genre cet art sacré contemporain. Les portes d'entrée cloutées comme nos vieux perfectos, c'est terrible. Et très honnêtement, je ne pensais pas que l'église accepterait d'entreposer en son sein autant de chefs d'œuvres, j'en reste bluffée. Cela dit, Arcabas à tout de même consacré 33 ans (encore un symbole ?) de sa vie à la réalisation de ce chantier. Rien que ça, fallait le noter.

Ha et puis tiens, regarde, même les anges se déplacent sur deux roues ...
Musique sacrée ou musique sainte ? De la sacro-sainte bonne musique alors, là :
J'aurais bien mis le Stabat Mater, mais en cherchant le lien, je me suis faite détournée du droit chemin par des vilains garnements, écoute cette version du Kyrie, je kiffe grave comme dirait dame de K, mais c'est trop court, pfff ! Bon, en vrai je préfère la vraie version, mais on est dans le trip sacré-ment couillu non ?!
11 juin 2009
Accorder en genre et en nombre
Parfois des images troublantes viennent bouleverser le quotidien.
Mon grand qui fêtera bientôt le cent soixante quatrième centimètre qui le mettra à ma hauteur (juste avant de me dépasser) avait en charge la surveillance de la voiture.
J'étais à la librairie, récupérer une commande et prendre au vol quelques nouveaux titres, et comme il est encore un peu handicapé avec son pied opéré, je lui ai proposé de servir de ticket horodateur, de garder la voiture et mon sac dont je n'avais pas besoin. Il a dit ok sans problème, comme toujours ...
Un quart d'heure plus tard, en ressortant je vois deux hommes discuter autour de la voiture et je me dis que merde, mon ticket vivant n'a pas suffit, va falloir défendre ma cause et expliquer pourquoi je n'ai pas pris la peine de payer le parking.
J'arrive à leur niveau, l'un d'eux s'éloignait et l'autre faisait un bien gentil sourire à mon gamin. Arrivée à sa hauteur le gars comprend que je suis la maman, et me dit de ne pas le gronder. Alors je regarde dans la voiture et je vois mon grand en train de refermer mon porte monnaie ...
Il ne dit rien, et le gars m'explique, qu'il est en train de faire la manche, mais qu'il n'a rien demandé au petit, que c'est le gamin qui lui a tendu les 2 euros.
Je vois bien qu'il ne raconte pas de salades, qu'il est mal à l'aise dans cette situation, alors je le rassure et je regarde mon grand.
C'est là que parfois des images troublantes viennent bouleverser le quotidien. Il y a deux jours, je l'ai vu serrer les dents pour ne pas pleurer à la clinique, et là, dans ses yeux, j'ai vu un litre de chagrin l'envahir, alors j'ai poliment salué le monsieur en lui promettant de ne pas gronder mon fils, mais bien au contraire, de le féliciter pour lui montrer combien je suis fière de son geste et j'ai démarré.
Au premier feu rouge j'ai tourné la tête et je l'ai regardé essuyer pudiquement ses yeux humides.
-C'est bien ce que tu as fait Valou, je suis fière de toi tu sais.
-Maman, il ne m'avait rien demandé tu sais. Il venait de demander à une grand-mère qui lui a dit non, ça m'a fait mal, alors j'ai cherché les 2 € que tu gardes toujours pour dépanner. Je voulais pas donner plus, et il m'avait rien demandé, il m'avait rien demandé.
-Ça va, ça va, t'inquiète pas, je suis fière de toi, pas du tout en colère, t'inquiète pas.
On a parlé tout le long du trajet de la générosité, de la différence, encore. Et j'ai l'impression, sans trop m'avancer, que les années pénibles qu'ils ont vécu à mes côtés, les ont fait grandir trop vite ...
Nous aussi on a frôlé la rue, nous aussi on a été aidés pour se loger, nous aussi on avait un revenu fixe mais pas assez pour survivre à trois dessus, comme le gars qu'on vient de laisser.
Et voir ce môme de pas encore 12 ans, avoir ce geste, moi ça me brise en deux, je me demande où est son innocence disparue !

Quand j'avais 12 ans, j'ai ouvert aussi le porte monnaie de ma mère, mais pour piquer des sous et aller acheter des clopes.
Quand j'avais 12 ans, je croisais une personne en train de faire la manche, une fois par an à tout casser, et on m'avait gentiment appris à me méfier, qu'il s'agissait de mauvaises personnes ou un truc dans le genre.
Quand j'avais 12 ans, je lisais des histoires d'enfances difficiles pour pleurer mais c'était de la fiction, loin de moi, ou bien caché.
Quand j'avais 12 ans je ne crois pas que je regardais les autres comme Lui, avec toute cette compassion.
Et finalement ma fierté je me demande si ce n'est pas plutôt de l'inquiétude dissimulée pour cette enfance aux raisonnements d'adultes.
Il est quand même rude ce monde qu'on leur offre, pas près de s'adoucir en prime. Alors quand on me dit qu'il faut leur préserver leur enfance, moi je dit oui d'accord, mais je fais comment ? Je leur cache les yeux ? Je leur bouche les oreilles ? Je ferme leurs cœurs ?
Parfois des images troublantes viennent bouleverser le quotidien, et je ne sais pas quoi en faire, alors on repart avec, en les rangeant chacun dans un tiroir de notre cœur, pas forcément le même, et on essaie de changer de sujet ... Et il me parle du dernier livre qu'il a aimé "Coffee" de Edgar Sekloka, et me demande si finalement je l'ai terminé le Emmanuel Carrère ou si je l'ai jeté comme c'était à prévoir ...
Alors ce soir je reprends son livre et je lis la quatrème de couv', ça dit :
"Mon père, avant c'était un numèro de magicien, le coup de la pièce qui sort de l'oreille. Après c'est devenu un numèro de compte. Et maintenant c'est un numèro de téléphone. Je suis un chiffre. Papa et maman sont ma racine carrée. Je suis leur numéro commun. Un, un, un : trois fois le même, je suis comme eux, sans personne."
A l'occasion, je le lirai celui-ci, mais là tout de suite j'ai "Le pont, un effondrement" de Vitaliano Trevisan qui m'attend, alors je ne vais pas le faire attendre (pour une fois qu'un roman parle de moto).
Et puis comme je ne veux pas vous laisser sur une gorge nouée, je vous laisse avec ces deux là, je ne sais pas ce qu'ils se racontent, mais ils m'ont touchée dans leur intimité d'hommes ... qui partaient à la rencontre du nouveau petit bout de famille, couvé par la maman.

Je veux continuer de croire qu'on peut s'accorder en genre et en nombre ...
Et dans ce domaine, La Cherga, c'est pas mal, mélange de groove, jazzy, dub, electro, le tout mixé à la sauce balkanique, c'est tout cool.
Je vous prête le bonsoir les hirondelles.




