En parlant avec mon grand il y a quelques jours, j'ai réalisé qu'il était parfois plus mature que moi.

Il y a d'abord eu ce moment de clash avec son frère, beaucoup plus foufou, qui oublie tout, est souvent maladroit, dans les nuages, ou avec les potes, et que je grondais un soir parcequ'il avait ENCORE oublié d'aller rendre un papier à la vie scolaire. Celui-ci qui est un clown, quand il voit que je monte le ton, il se transforme en Simon's cat pour me faire rire et ça marche 12 fois sur 10, y compris cette fois-là. Sauf que là, dés qu'il a eu le dos tournée, son frangin m'a fait la morale ! Oui, oui, la morale.

"M'man mais si tu crois que ça va rentrer dans sa tête en te marrant, tu te gourres ! Il y a un temps pour être sérieux et un temps pour rire, toi tu rigoles trop !"

Et v'lan. Ca c'était pour la première phase morale du fils à sa reum', est ensuite arrivée la seconde.

Je lui disais que dans mes envies à assouvir un jour, en plus d'aller fouler le désert, je rêvais de retourner à NY et pourquoi pas avec un amoureux pour le côté romantique de l'escapade, que j'avais envie de faire réparer mon argentique pour recommencer à faire des beaux clichés, (d'ailleurs j'en profitais pour lui dire que je me l'étais offert après un été de boulot quand j'avais 16 ans.) mais que par dessus tout, j'aimerais m'offrir un truc pour faire du vrai bon son, que j'en ai marre du son de mes minis-enceintes de pc, de la chaine toute pourrite, etc ...

Il m'écoute, comme toujours et me répond : "He ben dis, ça va toi, les goûts de luxe ?!"

Je n'en suis pas revenue qu'il me dise un truc pareil, parce que franchement, si rêver d'aller dans le désert, avoir une bonne chaîne hi-fi et refaire de vraies belles photos, c'est avoir des goûts de luxe, je me demande bien ce que rêver de possèder une maison ou une montre très chic peut représenter à ses yeux.

Alors oui, on va me dire qu'on les élève comme on aime, qu'ils sont à l'image de la vie qu'on leur propose, bref, qu'on a les enfants qui nous ressemblent. N'empêche, ça fait drôlement réflechir, je trouve.

Moi j'ai peur qu'il confonde "rêve" et "ambition", "envie" et "frustration".

Quand je lui ai demandé si il n'avait pas de rêve du même genre, visiter un pays, s'offrir quelque chose qui lui fait envie, se payer du matos pour écouter sa musique, il m'a dit que non, soit parce qu'il a déjà ce dont il a besoin, soit parce qu'il est trop jeune pour rêver voyage ou autre grosse dépense ...

valange

                          (t'as vu ? On a même des ailes amovibles at home ? On est disco à paillettes nous, hein !)

Alors, connaissant l'animal, passionné de métissage culturel, de musique ou plutôt de rap, d'histoire, incollable sur une carte du monde, je m'étonne qu'il ne manifeste pas encore ce désir de voyage. Je crois en fait, au fond, tout au fond de moi, que cette vie qu'ils vivent à travers moi, la maman solo, ne les épargne pas, loin de là.

On me dira que c'est très bien, que cela fait d'eux des enfants responsables, qui connaissent la veleur des choses, moi je dis que pas forcément et qu'en plus, à 14 ans on est censé rêver en grand !

S'il ne rêve pas maintenant, quand le fera-t-il ?

Ca me fait peur de penser à lui en format adulte, j'aimerais tellement qu'ils puissent faire de leurs vies ce que je ne suis pas en mesure de leur offrir aujourd'hui.

Oui je sais là encore, ce que certains me diront, que mes nains sont heureux, ne me reprochent rien, ne manquent pas d'amour et l'essentiel est là, mais il n'empêche, je ne suis pas la maman que je rêvais d'être quand j'avais 14 ans, parce que moi, à 14 ans, des rêves, j'en avais plein les poches ... Et je me voyais en maman vraiment différente.

Je rêvais aux garçons qui chevauchaient des mobylettes, je rêvais d'être hôtesse de l'air ou prof de gym, je rêvais baba-cool-yéyé-Ardèche-poterie en écoutant Barclay James Harvest, je rêvais à l'amour toujours avec un grand A mais aussi un Grand M, grand O, grand U, grand R. Je rêvais que j'aurais au moins 3 enfants qu'on vivrait tous heureux en famille, dans une grande maison, qu'on voyagerait tous ensemble, mais jamais je ne rêvais que peut être tout ça serait différent, jamais. Lui, il ne vit pas l'amour comme un truc tragique mais comme un jeu d'ado où souffrir n'est pas dans les règles ; il ne rêve pas demain parce qu'il dit qu'aujourd'hui suffit bien. Que demain on n'en sait rien.

Quand je dis qu'il est plus mature que moi par moment et que c'est l'heure pour moi de reconstruire une vie de femme amoureuse en plus de maman, je crois même que ça va devenir urgent...

IMG_0899

Et pendant ce temps, le monde continue de marcher sur la tête, un certain DSK, à peine rentré au pays après avoir fait l'actu pendant des semaines, nous fait un cours d'économie sur la grande chaine, comme si de rien, c'est magique tout ça.

Et pendant ce temps, le monde se casse allègrement la gueule, on va connaitre la guerre civile dans peu de temps, parait-il ...

Et pendant ce temps, je lis le dernier opus de Pedrosa "Portugal" et je savoure, je me délecte, ce type a un truc, c'est obligé, pour nous faire partager ainsi, ses émotions. D'ailleurs dans le domaine des très bonnes BD à ne pas louper, le dernier Chabouté of course, le dernier Bilal aussi (enfin, l'avant-dernier puisqu'un autre vient juste de sortir) même si ces deux là ne font pas l'unanimité, j'avoue que ma fidèlité souffre parfois d'aveuglement. Tu peux aussi te lover dans "Polina", le dernier Bastien Vives dont je n'avais pas du tout aimé "le goût du chlore" ou alors le très étonnant et non moins passionnant "le chanteur sans nom" qui m'a permis de découvrir l'histoire de ce chanteur qui a réellement existé. La prochaine fois je te parle de mes derniers coups de coeur en littérature blanche ou même grise, et à l'occasion on parlera aussi de littérature blanche ou de littérature grise, qui n'ont, au demeurant, rien à voir avec la couleur de peau de leurs auteurs (j'te f'rais dire).

Et pendant ce temps, je suis toujours habitée par le dernier film que j'ai vu au ciné, il y a 15 jours, qui s'appelle "Un jour" et qui m'a juste laissée le cul par-terre. Du coup, je me lance dans le roman, d'habitude quand j'aime un livre, je n'aime pas trop voir l'adaptation cinématographique, mais pour une fois, je vais la jouer à l'envers.

Un jeune homme, une jeune femme, sur une décennie, des non-dits, de l'amitié-amour qui se tourne autour, de la vie qui prend son temps, des rendez-vous manqués, des réussis, bref, une superbe romance comme je les aime, où on pleure tout ce qu'il nous est permis de pleurer dans une salle de ciné en train de se rallumer et où on termine comme il faut dans sa voiture.

Alors côté décibels, on va se mettre un peu de ça tiens :

Gerard Manset, non, c'est pas tout jeune, mais nous non plus chéri, nous non plus ...