Il était repassé, défaire les petits plis d'ennui sur la vie, traverser de nouveau l'étole chiffonnée. Froisser le corsage, défroisser le ramage. Il était repassé par envie, comme ça, sans donner plus de raisons que de raison. Délacer la cordelette tressée du cache-cœur, dégrafer le corsage blanc, défaire la boucle ceinturée, déboutonner le pantalon-gant. Il était repassé tout simplement.

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Tu savais que les grecs repassaient leurs vêtements avec une grande tige métallique chauffée ?

Alors il est parti des coutures, les aplanissant une à une, tantôt en insufflant de la chaleur, tantôt en glissant une patte-mouille entre lui et le drap. La pression exercée, mêlée à la chaleur permettait aux fibres de se détendre et aux fils de se lubrifier. Petits fils suspendus au cintre du temps qui s'étiolent sous les vapeurs brûlantes des amants de l'instant.

[Repasser : venir à nouveau, aller et venir, dans un sens et dans l'autre, étudier à plusieurs reprises, se remettre en mémoire.

« Si jamais je repasse par Grenoble, il faut que je fasse faire des recherches dans les archives » Stendhal . H. Brulard, t.1, 1836, p.350]

Il glissait une nouvelle fois, dans un sens puis dans l'autre, pour rendre plus souple la fibre, redonner de l'allure au vêtement couché là, étendu, grand ouvert, sans out-repasser la chaleur conseillée.

En ancien français, repasser voulait dire guérir, rétablir, reposer. Alors quand je le vois et que je le sens, tout chaud, se mouvoir d'avant en arrière, à l'endroit, à l'envers, je crois que je suis de la mousseline qui se repasse bien et non du crêpe noir qui ne se repasse pas.

N'oublions pas que le fer est un instrument chauffant muni d'une poignée, et équipé parfois, pour les plus modernes, d'un système de production de chaleur, permettant d'humidifier l'étoffe pour la rendre plus belle, dénuée de plis disgracieux. Les molécules chauffées se trouvent ainsi donc toutes dressées par le poids du fer, et prennent une autre forme en se refroidissant. Marrant non ? Sauf quand on se dit que la plupart des tissus modernes ne semblent avoir besoin que d'un simple coup de fer rapide qui ignore les coins et les recoins des entournures, je trouve ça bien triste.

Quand je pense que certaines se font étirer les plis sous anesthésie générale ! Quel dommage de passer à côté du coup de fer délicat et de la moiteur animale pour faire disparaître tous les plis du souci.

Moi je préfère les sentir s'étirer sous la vapeur et la chaleur, même si après coup je me sens toute fripée d'avoir dormi blottie dans l'odeur laissée sur l'oreiller froissé.

Le repassage est décidément une de mes tâches ménagères préférées, si seulement je m'y mettais plus souvent …

Un petit coup de Morcheeba (y'avait longtemps) même si je chantonne Cohen en vrai dans ma tête.


Découvrez Morcheeba!