Tu sais, je me disais que finalement, je n'avais jamais entendu mon prénom dit par toi.

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Oui c'est étonnant, mais entre nos pseudos de virtuels éphémères et nos petites onomatopées marrantes écrites ou enregistrées, je n'ai jamais entendu mon prénom dit par toi.

Finalement c'est peut être un signe, un signe que je suis juste un leurre, un fantôme des pixels, un à côté ou un pourquoi pas. Une parenthèse éternelle, un entre guillemets qui guillemette fort comme toi. Erri de Luca dit de la mer que c'est "une balançoire d'eau, que les bateaux jouent dessus en passant d'une vague à l'autre". Je trouve ça doux à lire.

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Peut être bien qu'on est même tout ça à la fois, mais je n'ai jamais entendu mon prénom dit par toi.

Dans ma série découverte des hommes lettrés de mon été, au milieu d'une rentrée littéraire abondante j'ai réussi à en trouver des vieux qui me tendaient les bras. Après Truman Capote et Jean Genet, j'ai bien plus qu'aimé Raymond Carver.

Ce soir je sais que l'attente ce n'est ni actif, ni passif, mais parfois qu'à trop attendre nous finissons par oublier quoi et pourquoi nous attendons.

Et pour ne pas oublier la couleur de ta voix, j'aimerais vraiment entendre mon prénom dit par toi.

J'ai retrouvé le son des tes yeux, entre deux.

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Entre deux quoi ? Entre deux heures, entre deux mots, entre deux gestes tendres, entre deux feux rouges, entre deux ponts, entre deux bras, entre deux portes, entre deux rires, entre deux corps.

Et puis la rentrée et son cortège de journées infiniment trop petites, courir ici et puis là, s'occuper du foot de l'un du piano de l'autre de mes activités à moi, philosopher le temps d'un week end, soigner un lin bag haut qui ne veut pas rester en bas, écouter le silence en lisant Didier Eribon et son Retour à Reims, pour une fois, et se dire que oui, merde c'est un vrai problème de s'affranchir de sa famille, de sa classe sociale originelle, d'essayer d'être autre chose, de choisir. Pas facile de choisir.

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(dans la famille, on a celles qui roulent, celles qui volent, et des enfants qui regardent la vie dans les yeux de leurs mamans)

Lui, il a choisit, Elle, mais il vient me voir parfois, j'ai l'impression qu'il est bien quand il vient, mais j'ai aussi l'impression d'avoir envie de croire qu'il est bien là. Alors j'oublie, j'y pense et puis j'oublie, c'est la vie, c'est la vie ...

Et puis c'est mieux comme ça. Tout au moins pour le moment. Ho et puis je ne sais pas, c'est un peu confus tout ça, comme mon rapport aux hommes, depuis la nuit des temps. Depuis cette relation au père, étrange, oppressante et vitale ? Peut être bien que oui, peut être bien que non, Didier Eribon, sors de ma tête. Moi je veux juste qu'on m'aime et puis c'est tout. Alors même si ce n'est que de temps en temps, c'est du bon temps.

Se dire que continuer le jogging le soir dans les bois devient lugubre, Shaggy dans mes oreilles à la tombée de la nuit me faisait presque peur, et ces petits culs blancs de lapins pas affolés, penser que dans quelques semaines ils seront des civets, c'est triste. C'est triste de voir l'été et ses grandes journées s'en aller. C'est triste de se dire que voilà, les baisers volés derrière une porte cochère enroulés dans des bras tremblants, ça fait déjà partie du passé, de ces images qui feront chaud au fond, en secret, tout le temps.

Comme c'est triste finalement de rester trop longtemps dans le silence, musique.